Formateur sapeur-pompier, une nouvelle page à écrire.

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Une réforme des statuts et de la formation induit toujours des interrogations, des inquiétudes. Le mot d'ordre est posé, il faut faire de "l'apprentissage par compétences". L'idée de ces « posts » n'est pas de revenir sur les principes et les concepts de cette méthode pédagogique mais de faire un focus sur ceux qui depuis de décennies sont dénommés "formateurs".

Episode 1 - Notre histoire, Notre avenir …

 

"... pour espérer, pour aller de l'avant, il faut savoir aussi d'où l'on vient". Cette citation – qui nous rappelle celle de notre école nationale d’officier -  de Fernand Braudel (historien, Histoire de l'Afrique noire, préface, Hatier 1972) semble un préambule nécessaire pour poser une réflexion sur la fonction de formateur chez les sapeurs-pompiers. Le pourtour des propos resteront principalement centrés sur les formations de tronc commun.

Allez, on se refait l’histoire … version raccourcie, vitesse accélérée … avant la révolution, l’activité de lutte contre le feu est un art assuré par les corps de métiers du bâtiment. Leur formation construite sur le modèle du compagnonnage repose sur la transmission intergénérationnelle entre artisans. Après la révolution et le dramatique feu de l’Ambassade d’Autriche, les pompiers deviennent militaires à travers l’intégration à la Garde Nationale (1811). La formation est imprégnée de ce corpus, la dénomination de l’Instruction prend sa place. La répétition des gestes conditionnent l’action, nous sommes déjà emprunt du modèle béhaviorisme[1], même si ce vocable de pédagogie apparaîtra bien plus tard. Après la guerre 39-45, en 1954, le fameux RIM

- Règlement d’Instruction et de Manœuvre - codifie l’utilisation des matériels, pose des doctrines. La transmission des savoirs, savoirs-faire, et l’esprit du savoir-être s’y puise et en fonction des corps (communaux), la transmission se fait soit par Tutorat-compagnonnage, soit par l’Instruction … A la fin du 20° siècle, les GNR - Guide Nationaux de Référence apparaissent, la PPO - Pédagogie Par Objectif - s’impose. Les volumes horaires de formation codifiés augmentent. Les formations de formateurs sont créés avec ce que l'on nomme la filière FOR. Ce qui n’empêche pas que les pratiquants de la pédagogie utilisent leurs propres ressources issues de leur histoire et de leur éducation. Parfois, c’est le cours magistral issu de nos enseignements scolaires qui est utilisé. Il permet une transmission massive de savoirs et de compréhensions. Parfois, le strict respect des scénarios s'opèrent avec la segmentation si spécifique à la PPO. Parfois, l'ingéniosité amène à de subtils mélanges entre magistral, PPO et de la formation par l’activité, avec comme sentiment et motivation de vouloir former « comme dans la vraie vie».

 

A propos de cette expression « comme dans la vraie vie », que faut-il penser lorsque nous l’entendons dans nos structures de formation ? Quel sens derrière ces mots ? Que penser lorsque parfois après un retour de formation « oublie cela, c’est bon pour l’école, maintenant place à la vraie vie » ? S’interroger sur le sens et la place de cette phrase doit –devrait – nous obliger à remettre en cause certains états d’esprits, certaines pratiques ou formes d’enseignements.

L’Histoire est vite passée, nous voilà déjà en 2013 avec l’apparition des REAC/RAC/RF/RC - référentiels (emplois) activités compétences, référentiels formations, référentiels certifications. Le mot d’ordre est général, il faut « apprendre par compétence » !

Que représente « ce nouvel horizon » ... épisode 2.


[1] Béhaviorisme : courant philosophique prenant en compte le comportement des individus notamment à travers la notion de stimuli et de réponse à ceux-ci.