Réforme formation, un nouvel horizon ?

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Une réforme des statuts et de la formation induit toujours des interrogations, des inquiétudes. Le mot d'ordre est posé, il faut faire de "l'apprentissage par compétences". L'idée de ces « posts » n'est pas de revenir sur les principes et les concepts de cette méthode pédagogique mais de faire un focus sur ceux qui depuis de décennies sont dénommés "formateurs".

Lors de l'épisode n°1, il était abordé "Notre histoire, Notre avenir …"

Episode n°2 - La réforme formation « sapeur-pompier », un nouvel horizon ?

Derrière ces nouvelles approches, de nouveaux concepts pour les intervenants :

-      Il faut former à l’activité exercée lors de nos missions plutôt que d’apprendre à travers "les matières, les outils ». A titre d’exemple, former à l'activité de l'équipier qui entre dans une pièce en feu, plutôt que de le former à l'utilisation de l'ARI, puis à l’emploi de la lance, puis à l’exploitation de l'échelle, ...

-      Il faut limiter les théorisations à ce qui est nécessaire et nécessaire aux actions de terrain pour chaque niveau d’intervenant. Par exemple, est-il utile pour un équipier incendie, afin de réaliser efficacement ses missions lors d’un sinistre, de connaitre à propos de l’échelle à main, sa largeur, l’espacement des échelons, la matière, le poids, … ?

-      Il faut former dans des contextes variant et évolutifs. S’il est utile d’apprendre initialement à agir avec peu d'outils dans un "feu simple", il faudra par la suite modifier, dégrader la situation tout en restant réaliste et non disproportionné. Le développement des capacités progressera en complexifiant l’activité.

-      L'évaluation doit disposer d'un lien proportionné aux « activités réelles ». S’il nous faut pouvoir certifier les capacités, nous devons nous interroger sur la forme de l’évaluation de ces capacités. A titre d’exemple, interroger sur les concepts de développement des incendies à travers un QCM n'induit pas de fait que l’équipier ait compris ces phénomènes. A l'inverse, observer, évaluer son comportement en situation d'action et l'interroger sur les raisons de ses actions, ses positions, … permet de mesurer si sa compréhension, sa perception, ses savoirs sont correctement réinvestis et exploités de manière appropriée. L'évaluation des capacités sera adaptée et performante, si un jugement est aussi portée sur les manières d’adapter l’utilisation des "fameux outils" (ARI, échelle, …).

Mais pour former nos personnels opérationnels, le compagnonnage était-il inadapté ? L’instruction plus possible ? La PPO décalée ? Le cours magistral incompatible ? Non, c’est une affirmation, mais nous y reviendrons …

Désormais, les objectifs sont posés, les capacités à atteindre écrites. Restent à trouver comment mettre en place l’acquisition de celles-ci à nos apprenants ?

-      capacités versus compétences : la capacité se mesure lors de l’action de formation, la compétence s’exerce en situation réelle.

-      apprenants versus stagiaires : l’apprenant est actif et réflexif, le stagiaire est un actif qui suit des consignes.

Le ton est donné, désormais, c’est « apprentissage par compétence » ! Grande viralité du message national. Il est devenu impératif et quasi instantané dans la corporation de transformer toutes nos séquences d’apprentissages en situations-problèmes à travers la formation par l’activité. Concrètement, il faut créer des situations d’apprentissage réaliste afin de permettre une mobilisation des connaissances, des manières de s’y prendre, des adaptations du comportement afin de réussir la mission opérationnelle donnée.

Et c’est là, que les choses se compliquent. Alors que la majeure partie des formations étaient construites sur des scénarii  de « profil GNR », donc sur le modèle de la PPO, changer l’angle d’attaque des formations impose une autre structuration. La tentation pourrait être grande : découpage et copier-coller des « vieilles » séances GNR PPO sur des programmes d’apprentissage par l’activité.

Cependant, la structuration des séances de type PPO, ne peuvent pas être construites comme celle de « l’apprentissage par compétence ». Par exemple, en PPO, vous ferez apprendre le matériel de balisage sur VP par une description, une démonstration puis une utilisation éventuellement rectifiée. En apprentissage par compétence, vous demandez à vos apprenants de réfléchir et mettre en place un dispositif de protection. Il est fort à parier que naturellement, ils vous apporteront de nombreux éléments de bons sens. Restera aux intervenants à travers interrogations, médiations, de faire émerger les éléments manquants. Une situation analysée et réfléchie est bien mieux acquise qu’un apprentissage dicté.

Cette structuration impose la construction de scénarii disposant d’une progression pédagogique et technique dans lesquels, il sera injecté des situations imposant de mobiliser de nouvelles capacités au fur et à mesure du développement de notre apprenant.

De fait, les unités de valeurs, les modules, les séquences ne se construisent plus à travers l’empilement de matières, de domaines, de l’utilisation des outils mais reposent sur les activités énumérées dans les référentiels. C’est une véritable refondation des programmes.

A la question « pourquoi un tel changement ? » ... épisode 3